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Le nom latin officiel du romarin n'est plus Rosmarinus officinalis

Le nom latin officiel du romarin n’est plus Rosmarinus officinalis


Vous croyez que les choses sont simples dans le monde des plantes ? Détrompez-vous ! Le nom botanique (latin) donné au romarin il y a plus de 2 siècles, Rosmarinus officinalis, était déjà controversé à l’époque. Un siècle plus tard, un botaniste tente, avec de bonnes raisons, de le rebaptiser Salvia rosmarinus. Mais ce n'est qu'en 2017 qu'il a eu gain de cause : c’est désormais le nom officiel du romarin.

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Ça sert à quoi, le nom latin des huiles essentielles ?

En fait, pour être exacte, il faut plutôt parler du nom latin des plantes. C’est leur nom botanique, le seul qui ne change pas quelle que soit la langue qu’on parle. Et ce nom n’est pas susceptible de changer (normalement !) puisque le latin, jusqu’à preuve du contraire, n’est plus une langue parlée. Ça permet, quand on parle d’une plante, d’être sûre que tout le monde sait sans erreur de quelle plante il s’agit.

Les plantes, dans chaque pays, ont souvent plusieurs appellations selon la ou les langues qu’on y parle. Appellations qui viennent, la plupart du temps, de la tradition dans une région donnée. Et à quelques kilomètres de là, cette même plante ne portera pas forcément le même nom.

Pour les huiles essentielles, c’est la même chose. Ne connaître que son nom “vernaculaire”, c’est-à-dire son nom dans une langue précise, c’est s’exposer à des erreurs. Voilà pourquoi il est fortement recommandé de toujours vérifier le nom latin indiqué sur l’étiquette d’un flacon d’huile essentielle : pour être sûr·e qu’il s’agit bien de l’extrait de la plante précise, genre et espèce compris, qu’on désire.

L’origine du nom Rosmarinus officinalis

Carl Linnæus, c'est ce botaniste suédois qui a mis au point le système des noms botaniques, la nomenclature binomiale, qu’on utilise toujours aujourd’hui. Vous l’avez très certainement croisé, sans le savoir, si vous vérifiez les noms latins de vos huiles essentielles (ce qui est donc recommandé !).

C’est lui, le “L.”, parfois “Linn.”, qu’on trouve à la suite d’une grande partie de ces noms. Comme par exemple dans Achillea millefolium L., Pimpinella anisum L., Origanum basilicum L. En 1758, 22 ans après avoir commencé ses travaux de classification, il avait recensé et nommé 4400 espèces animales et 7700 espèces de plantes. 

C’est donc à lui qu’on doit ce nom de Rosmarinus officinalis attribué aux diverses espèces de romarin, qu’il décrivait dans son Species Plantarum de 1753.

Un nom remis en cause dès 1852

Carl Linnæus

Un autre botaniste émérite, Matthias Jacob Schleiden, remettait ce nom en cause un siècle plus tard. Mais ses arguments n’étaient apparemment pas suffisants. 

La difficulté principale, c’est qu’avant les analyses fines de l’ADN, “les organismes étaient classifiés, par nécessité, principalement voire uniquement sur la base de leurs similarités morphologiques”*. En gros, on assemblait qui se ressemblait, de façon assez subjective. Le romarin était donc resté Rosmarinus officinalis. Et la proposition de Schleiden, Salvia rosmarinus, était enregistrée comme simple synonyme.

Jusqu’en 2015, où des chercheurs ont analysé de très près l’ADN de plantes des genres Dorystæchas, Meriandra, Perovskia, Rosmarinus, Salvia, Zhumeria. Et là, belle surprise : le romarin n’était pas le genre solitaire qu’on pensait. Il avait une très grande famille composée de dizaines de cousin·es très proches. Tous et toutes appartenant au genre Salvia, qui comprend plus de 1 000 espèces.

Salvia coccinea
Salvia apiana

Les botanistes les plus pragmatiques ont alors considéré que le romarin devait donc être classé parmi les sauges. Son nom ne devait plus être Rosmarinus officinalis, mais bien Salvia rosmarinus. 

Mais le changement n’est pas chose facile et demande du temps. Pour mille et une raisons qui n’ont pas toujours grand-chose à voir avec la logique, beaucoup ont traîné les pieds et mal accepté l’idée d’un autre nom et d’une reclassification du genre Rosmarinus.

Pourquoi changer le nom du romarin ?

Mais pourquoi ne pas changer le nom des espèces du genre Salvia, plutôt que l’inverse ? Le problème, et de taille, c’est que renommer les espèces regroupées sous le genre Salvia serait une tâche de titan. On en recense actuellement 1 010 en tout. 1010 noms à changer, vous imaginez la confusion possible chez les botanistes !

Alors que du côté du romarin, seules une quinzaine d’espèces sont affectées. Ce qui limite grandement les efforts et la confusion possible.

En 2017, Rosmarinus officinalis est devenu officiellement Salvia rosmarinus. 

La plupart des bases de données accessibles en ligne ont été mises à jour. Celle-ci, par exemple : Plants Database. Mais dans de nombreuses autres, si vous recherchez Salvia rosmarinus, vous y lirez encore qu’il s’agit d’un synonyme datant de 1835. La mise à jour n’est pas encore faite partout (en tout cas pas en ligne) !

La Royal Horticultural Society, grande référence en matière botanique, n’a d’ailleurs annoncé qu’il y a quelques jours (le 25 novembre 19) qu’elle adoptait ce changement de nom et le mettrait en œuvre dans les mois qui viennent.

Le romarin change de nom latin

Pourquoi voit-on toujours Rosmarinus officinalis sur les étiquettes des huiles essentielles ?

Parce qu’il faut du temps pour que ce genre de changement se mette en place. Souvenez-vous : le romarin a porté ce nom pendant plus de 2 siècles. C’est très long ! Et c’est ce nom qu’on trouve dans tous les ouvrages de référence en botanique aujourd’hui. Il faudra un peu de temps pour que se diffuse le nom Salvia rosmarinus, qui reflète avec plus de précision les caractéristiques du romarin qui relèvent du genre des sauges.

Et puis aussi, il faut le dire, pour une raison très simple : tout le monde n’est pas encore au courant !

Utiliser Rosmarinus officinalis est une erreur ?

Non, pas tout à fait. Le nom Rosmarinus officinalis est rangé maintenant dans la catégorie des “synonymes”. Qu’est ce que ça veut dire, en botanique ? Simplement que ce nom a été remplacé, et que Rosmarinus n’est plus un genre botanique. Les 3 espèces qui appartenait à ce genre font désormais partie du genre Salvia. Et l’épithète d’espèce officinalis disparaît pour le romarin.

Quant au nom français “romarin”, il n’y a pas de raison qu’il change. Vous trouverez donc, quand la mise à jour aura été faite partout, des étiquettes indiquant par exemple “Romarin ct verbénone – Salvia rosmarinus”…

Rosmarinus officinalis

Ces changements, ça arrive souvent ?

Pas très souvent, non. Il faut de solides arguments pour que ça se produise. Mais il est clair que les techniques actuelles permettent des identifications beaucoup plus fines qu’il y trois siècles. Par ailleurs, il existe encore de nombreuses espèces qui n’ont pas encore été identifiées. Lorsqu’elles le seront, de nouveaux noms seront créés.

C’est justement arrivé récemment pour une plante qui n’a reçu son nom officiel qu’il y a très peu d’années, le fragonia. Initialement, on l’avait appelée Agonis fragrans. Mais en étudiant de plus près le genre Agonis, et les espèces qui y étaient rattachées, des modifications sont intervenues. Et fragonia porte aujourd’hui le nom officiel de Taxandria fragrans. Ces changements se sont passés il n’y a que quelques années en ce 21e siècle. Pourtant, la plupart du temps, que ce soit dans les livres ou sur le web, vous trouverez le nom initial d’Agonis fragrans pour désigner cette plante. Fort peu nombreux sont ceux qui savent que ce nom a été officiellement remplacé.

Je ne pense pas que Carl Linnæus aurait trouvé à y redire. Après tout, lui-même n’était-il pas devenu Carl von Linné à l’âge de 54 ans, après avoir été anobli ?

Nomenclature botanique

emprunté à John Stewart, Phytomemetics

Référence
L’article de Bryan T. Drew et al., qui expose les découvertes de l’équipe de chercheurs dans l’analyse de l’ADN des plantes concernées, est ce qui a déclenché ce changement officiel de nom botanique.
Bryan T. Drew, Jesús Guadalupe González-Gallegos, Chun-Lei Xiang, Ricardo Kriebel, Chloe P. Drummond, Jay B. Walker, Kenneth J. Sytsma, Salvia united: The greatest good for the greatest numberTaxon 66-1, février 2017, doi.org/10.12705/661.7 

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