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Le Voyage olfactif de Théo et Isabelle

Le Voyage olfactif de Théo et Isabelle


Autrefois, on naviguait sur la route des épices. Isabelle et Théo revisitent le principe : un voyage de 2 ans autour de la planète, pour une plongée dans le monde des matières premières des parfums ! Ils ont quand même trouvé le temps de répondre aux questions de Marguerite…

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Isabelle et Théo :
quand les passions vous mènent par le bout du nez !

Isabelle a 23 ans, Théo aussi. Tous deux partagent au moins deux passions : les senteurs et le voyage. Alors “tout naturellement”, comme ils le disent en chœur, après leur formation au métier de parfumeur, ils ont pris la route autour du monde.

En ce moment, ils sont en Inde, après avoir plongé dans le monde des senteurs de Madagascar, du Sri Lanka et de Bali.

Marguerite les a croisés et a frétillé comme un petit poisson en écoutant leur belle histoire, qui ne fait que commencer ! Indulgents, et malgré leurs mille et une occupations sur la route, ils ont accepté de répondre à ses questions pour nous 🙂

Noseontheroad.com

Les odeurs, un alphabet pour lire le monde

L’odorat, c’est un sens qu’on semble bien découvrir, ou redécouvrir, ces dernières années.
Vous êtes tous les deux parfumeurs, des spécialistes donc !
Ça représente quoi, pour vous, les odeurs ?

Isabelle – noseontheroad.com

Pour moi les odeurs c’est un monde absolument immense, rempli d’émotions. C’est le champ de tous les possibles, c’est l’évasion et le rêve. C’est aussi l’art, le beau et l’abstrait. J’aime leur côté impalpable. Et puis, j’aime aussi à quel point l’interprétation des odeurs est propre à chacun.

À mon sens, le monde des odeurs est une façon bien particulière d'appréhender ce qui nous entoure. Elles nous permettent de découvrir le monde avec un regard différent. Je suis aussi toujours impressionné par le pouvoir qu'ont les odeurs et les parfums de nous faire voyager et de véhiculer des émotions puissantes. Et je suis d’accord avec Isa, c’est très propre à chacun.

Théo – noseontheroad.com

Qu’est-ce qui, dans votre histoire personnelle, a bien pu vous mener à être
aussi attentifs aux odeurs, et ensuite sur la route de la parfumerie ?

Isabelle – noseontheroad.com

Enfant, j’avais déjà un fort attrait pour les odeurs. Mais je n’en avais pas forcément conscience. Je vivais et ressentais mon environnement par le nez ! C’était le sens sur lequel je m’appuyais, celui qui ne me trompait pas.

Aujourd'hui j'ai 23 ans, et je suis diplômée de l’ISIPCA. C’est l’école dans laquelle je rêvais d’aller depuis l’âge de mes 9 ans. C'est à cet âge-là que j’ai découvert le métier de parfumeur. Et depuis, j’ai agencé toute ma vie pour atteindre ce but d’être parfumeur.

Les odeurs ont une place très importante dans ma vie. Tous les jours !

Pendant ma formation [à l’ISIPCA], j'ai appris à mettre des mots sur des odeurs. À mon sens, c’est ce qui a changé, avant tout, dans ma relation aux odeurs. Mon vocabulaire a beaucoup évolué et s'est précisé. 

Théo – noseontheroad.com

D'ailleurs, petit à petit, je me suis senti en décalage avec mes proches. J'utilisais des mots inconnus d’eux pour décrire des odeurs que nous sentions ensemble. En plus, je me sentais obligé de les décrire en détail. Et ça continue à évoluer, tous les jours, à force de mettre en pratique tout ce vocabulaire sur les odeurs qui m'entourent.

Noseontheroad.com
essentielle-marguerite.com

L'odorat est un sens qu'on a laissé longtemps de côté. Tu le laisses entendre, Théo : 
quand on n’a pas votre formation, on manque souvent de mots. Pourtant,
les odeurs sont partout présentes dans nos vies. Mais s’y attarder n'est pas encore habituel…

Non, c’est vrai. Je passe d’ailleurs quelquefois pour quelqu'un d'un peu bizarre… Par exemple,  j'étais en soirée et quelqu'un avait oublié son pull dehors. Je l'ai récupéré et les personnes autour de moi discutaient pour savoir à qui il pouvait bien appartenir. Automatiquement, sans réfléchir, je l'ai senti. Et j'ai tout simplement dit : “Il appartient à Untel.” Là, ils m'ont tous regardé bizarrement, comme si j'avais fait quelque chose de très étrange. Pourtant, c'était juste naturel pour moi...

Théo – noseontheroad.com
Isabelle – noseontheroad.com

Lorsque je pense à quelqu’un, je pense à son odeur, pareil pour les lieux. Je suis alors directement transportée aux côtés de ce quelqu’un, ou dans le lieu que je souhaite. Les odeurs m’aident également au quotidien, pour me déplacer dans une ville par exemple, en prêtant attention à ses odeurs. Ou alors lorsque je suis chez moi, juste pour m’apaiser et me sentir bien. Les odeurs sont mon petit jardin secret, mon petit paradis.

Isabelle et les carottes – noseontheroad

Isabelle
Mon odeur fétiche : la carotte. C’est assez inhabituel mais c’est vraiment l’odeur qui me fait chavirer le cœur. Cela vient peut-être du fait qu’étant petite j’en mangeais énormément, tellement que j’en étais devenue orange ! 

Des odeurs et des émotions pour renaître et se libérer !

Tu l'as dit un peu déjà, Isabelle, le métier de parfumeuse – comme tu es une fille, je ne vois vraiment pas pourquoi on ne dirait pas “parfumeuse”, non mais ! –, tu l'as découvert toute jeune. Qu’est-ce que ça t’a apporté, de te former dans une école ?

Isabelle – noseontheroad.com

Mon odorat a toujours été mon sens fort. Selon moi, un bon odorat, c’est surtout un odorat que l’on éduque au quotidien. Il faut juste être en pleine conscience de ce que l’on sent. Les odeurs sont toujours pour moi un sujet de discussion lorsque je me balade, autant que les choses que je vois.

Pendant l’apprentissage du métier de parfumeur, on apprend à sentir mais surtout à décrire les odeurs, comme l’a dit Théo. On apprend à mettre des mots sur ce que l’on sent. Et on développe un vocabulaire qui permet de se comprendre et de s’exprimer sur ce que l’on ressent. 

J’ai vécu cet apprentissage comme une réelle renaissance, je pouvais enfin parler de quelque chose que je sentais et ressentais. C’était une vraie libération de pouvoir enfin mettre des mots et de détailler les odeurs assaillant mon nez. Je me suis aussi rendue compte au fil des mois que mon nez se précisait, détectait davantage de choses, devenait plus sélectif aussi : j’apprenais à décortiquer, à détailler une odeur qui m’apparaissait avant juste comme un complexe mélange de senteurs.

C’est vraiment intéressant, ça ! Beaucoup de gens pensent qu’on devient “nez”
en parfumerie parce qu’on a un don particulier. Mais tous les deux,
vous insistez sur l’éducation aux odeurs. Ce n’est donc pas “inné” ?

Non, ce n'est pas inné, mais le fait depuis très jeune d'être très sensible aux odeurs qui vous entourent, ça aide. C'est à force de curiosité olfactive et parce que je mettais ce sens en avant que ça a développé une sensibilité certaine. C'est un sens qui se travaille au quotidien.

Théo – noseontheroad.com

C’est ce qui m’a plu aussi, et surtout, dans cette formation pour être parfumeur : pouvoir travailler au quotidien avec mon odorat. Tout en reliant les odeurs à des émotions et des souvenirs puissants.

Au début de la formation de parfumeur, l’apprentissage commence aussi auprès d'autres parfumeurs. C’est à ce moment-là que j'ai pu découvrir un grand nombre de matières premières… environ 550 !

Je devais être capable de les reconnaître, de les décrire avec un vocabulaire précis, de tout mémoriser pour ensuite les utiliser. Avec cette base, j'ai commencé petit à petit à créer des accords floraux, fruités, etc. C’était un jeu avec les matières premières que je connaissais maintenant. C'est vraiment le fait de manier et mettre en scène cet alphabet de la parfumerie qui m'a passionné. C’était comme des touches de couleur qui me permettaient de créer une toile dégageant des émotions fortes.

Le mimosa de Théo – noseontheroad

Théo
Mon odeur fétiche ? Il y a énormément d’odeurs qui m’émeuvent et que je ne me lasse jamais de ressentir…
S’il fallait choisir, j’en retiendrais deux : l’absolue mimosa, qui me rappelle l’éclat des pompons jaunes de l’immense mimosa de ma grand-mère, avec son odeur poudrée envoutante.
Et puis l’ambroxan, une matière synthétique. Elle me fait penser à la peau chaude et légèrement vanillée d’une femme, et à la pierre chauffée par le soleil en bord de rivière. Cette odeur me donne des frissons à chaque fois !

Deux créatifs dans l’âme…

“Mettre en scène”, “touches de couleur”, ”une toile”… On ne s'attend pas forcément
à ces expressions quand on parle d’odeur, parce qu’elles font appel
à d’autres sens. Elles ont sûrement une valeur particulière pour toi, Théo ?

Je crois qu’elles sont liées à mon côté créatif. Ma créativité, elle s’exprime par plusieurs moyens, en fait. Par la musique : je joue de la guitare, de la batterie. Par le dessin, où je travaille au crayon gris et au feutre noir, principalement sur des formes abstraites et voluptueuses. Et puis par la cuisine aussi ! J'aime le salé comme le sucré, et le travail des textures. Il y a aussi le travail manuel, sur le bois, que je sculpte, et je construis des maquettes aussi. Et puis j’ai créé un grand potager chez moi… 

Théo – noseontheroad.com

Mais c'est à travers la parfumerie que j'ai pu exprimer de plus en plus ce côté créatif. Ça a commencé il y a seulement 3 ans…

En fait, plus jeune, j’ai d’abord eu envie de travailler en cuisine. Et ensuite, je me suis mis en tête de devenir aromaticien. C’est en me renseignant sur ce métier que j'ai découvert celui de parfumeur. Ça a été une vraie révélation pour moi ! Je me suis rendu compte que toutes ces années où je m'intéressais tant a la cuisine, c'était avant tout le côté olfactif, avec les épices, les herbes aromatiques, etc., qui me parlait. À ce moment-là, j'ai décidé d'intégrer l'ISIPCA, et de découvrir tout un monde qui m'était encore totalement inconnu. Là, les matières naturelles ont pour moi été un réel coup de cœur, et elles sont devenues une véritable passion.

Le Voyage olfactif de Théo et Isabelle – noseontheroad

Créer, ressentir et exprimer ses émotions, ça passe seulement par les odeurs pour toi,
Isabelle, ou bien tu as, toi aussi, d’autres cordes à ton arc ?

Isabelle – noseontheroad.com

Mon âme créative a toujours été nourrie par la musique et la danse. J’ai commencé à l’âge de 5 ans la danse classique et l’apprentissage de la clarinette. J’ai ensuite poursuivi des études de musique. Et je pratiquais des heures et des heures, musique et danse classique. Je suis passée après aux études supérieures, avec moins de temps à y consacrer. Mais la musique et la danse font toujours partie de mon quotidien !

Et vient le temps du voyage…

Dites, Isabelle et Théo, maintenant qu’on vous connaît un peu mieux, si on allait voir d’un peu plus près comment vous dansez au milieu des couleurs et des odeurs de votre voyage ?

Le Voyage olfactif de Théo et Isabelle – noseontheroad

Le Voyage olfactif de Théo et Isabelle : la suite, c’est par ici

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