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Huiles essentielle et toxicité potentielle (3)

Huiles essentielles et toxicité potentielle (3)


Essentielle Marguerite

La question de la toxicité des huiles essentielles revient très souvent dans vos messages. Il n'est jamais simple d'établir des listes exhaustives, les informations issues de dizaines d'études menées dans le monde et au fil du temps sont éparses et demandent à être analysées avec beaucoup d'attention. Un tel travail de recensement et de synthèse a été mené, notamment, par R. Tisserand et R. Young, et publié en 2014 dans un ouvrage, Essential Oil Safety, qui reste à ce jour la référence majeure sur le sujet. Les données proposées ici sont directement issues de cet ouvrage, qui n'existe pas en version française.

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débutant·e ou occasionnel

intermédiaire

avancé

3. Les huiles essentielles à potentiel neurotoxique

Qu'est-ce que la neurotoxicité provoquée par une huile essentielle ?

De façon générale, une substance dite neurotoxique a des effets sur le système nerveux central (SNC) ou le système nerveux périphérique (pour plus d'infos sur ce qu’est le SNC, je vous renvoie à la partie précédente, Qu'est-ce que le système nerveux central ?). Elle peut entraîner des dysfonctionnements sur ces systèmes, avec une action sur l'humeur ou le sommeil, une baisse de la fonction cognitive, ou bien des déficits musculaires ou une altération de la coordination motrice.

Les huiles essentielles indiquées comme potentiellement neurotoxiques ont été testées sur des animaux de laboratoire à dosages massifs. Les données obtenues sont souvent relatives. La plupart du temps, les effets neurotoxiques chez les humains sont provoqués par un surdosage, une absorption massive de l'huile essentielle concernée. Il est primordial de respecter les dosages recommandés par un·e spécialiste formé·e avec sérieux.

Les huiles essentielles concernées

Ce sont les huiles essentielles contenant un taux élevé de cétones monoterpéniques : (±)-camphre, fenchone (à très hauts dosages), isopinocamphone, pinocamphone, (+)-ß-pulégone, (alpha & beta)-thujone (auxquelles on peut ajouter le salicylate de méthyle, un esther phénolique). Deux phénomènes particuliers y sont attachés. L'inversion en fonction du dosage : les effets tout à fait bénéfiques à dosage peu élevé se transforment en effets toxiques à dosages élevés ; et l'accumulation : une administration importante sur des périodes très courtes ne permet pas à l'organisme d'évacuer les molécules en question, et génère une dose élevée par accumulation.

C'est notamment en raison de ce potentiel de neurotoxicité que certaines huiles essentielles sont, en France, réservées à la vente en pharmacie. Votre pharmacien est à même d'évaluer la pertinence de leur utilisation et surtout, de vous informer avec précision sur les risques possibles. Si vous avez accès à ces huiles essentielles, ne les utilisez que si vous savez exactement ce que vous faites, guidé·e à chaque pas par un·e spécialiste réellement formé·e.

Parmi ces 15, on notera que figurent les huiles essentielles de ce tableau (neurotoxicité) :

Nom botanique

Nom vernaculaire fr

composé toxique

Dosage max cutané

Dosage max oral

Artemisia herba alba

armoise blanche

alpha- & beta-thujone

0,25 %

ne pas ingérer

Artemisia absinthium
ct beta-thujone

grande absinthe

alpha- & beta-thujone

0,4 %

ne pas ingérer

Artemisia arborescens

armoise arborescente

beta-thujone

0,7 %

20 mg

Artemisia vulgaris
ct camphre/thujone

armoise commune

camphre, alpha-thujone

2 %

56 mg

Artemisia vulgaris
ct acétate de chrysanthémyle

armoise commune

alpha- & beta-thujone

9,6 %

269 mg

Hyssopus officinalis
ct pinocamphone

hysope

pinocamphone, beta-isopinocamphone

0,3 %

ne pas ingérer

Salvia officinalis

sauge officinale

alpha- & beta-thujone

0,4 %

ne pas ingérer

Tanecetum vulgare

tanaisie

alpha-& beta-thujone

0,5 %

15 mg

Thuya occidentalis

thuya du Canada/cèdre blanc

alpha-& beta-thujone

0,4 %

ne pas ingérer

Thuya plicata

thuya

alpha-& beta-thujone

0,25 %

ne pas ingérer

Source : R. Tisserand, R. Young, Essential Oil Safety, Elsevier, 2014

Vous n'utiliserez pas les huiles essentielles à haut teneur en cétones monoterpéniques chez des personnes atteintes de troubles neurologiques, des enfants de moins de 12 ans, des femmes enceintes ou bien allaitantes, ni chez des personnes âgées.

Dosages maximaux pour les HE courantes à potentiel neurotoxique convulsivant

Au tableau ci-dessus, on peut ajouter les huiles essentielles, relativement plus courantes pour certaines, regroupées dans celui-ci. Soyez attentifs et attentives aux dosages recommandés !

Nom botanique

Nom vernaculaire fr

composé toxique

Dosage max cutané

Dosage max oral

Achillea millefolium

achillée millefeuille

alpha-& beta-thujone

8,6 %

241 mg

Agosthma betulina
ct pulégone

buchu

alpha- beta- & Z-pulégone

1,4 %

ne pas ingérer

Artemisia afra (lanyana)

absinthe africaine

alpha- & beta-thujone

0,3 %

22 mg

Artemisia maritima

sanguenite

alpha-thujone

0,4 %

ne pas ingérer

Artemisia vestita

armoise russe

alpha- & beta-thujone

10 %

280 mg

Betula lenta

bouleau acajou

pamplemousse

2,5 %

193 mg

Clinopodium nepeta

calament nepita

camphre

0,8 %

ne pas ingérer

Lavandula latifolia/L. spica

lavande aspic

camphre

19 %

603 mg

Lavandula stœchas

lavande stœchas

(±)-camphre

8 %

250 mg

Mentha pulegum

menthe pouliot

beta-pulégone

1,3 %

ne pas ingérer

Peumus boldus

boldo

alpha- & beta-thujone

ne pas utiliser

 ne pas utiliser

Salvia lavandulifolia

sauge lavande

camphre

12,5 %

388 mg

Salvia rosmarinus
ct alpha-pinène

romarin

camphre

22 %

676 mg

Salvia rosmarinus
ct camphre

romarin

camphre

16 %

513 mg

Salvia rosmarinus
ct verbénone

romarin

camphre, isopinocamphone

6,5 %

192 mg

Tanacetum parthenium

partenelle, grande camomille

camphre

10 %

318 mg

Source : R. Tisserand, R. Young, Essential Oil Safety, Elsevier, 2014

On notera que certaines huiles essentielles extraites des feuilles de Mentha piperita (menthe poivrée) peuvent contenir de la pulégone. S’assurer que le taux ne dépasse pas 1 %.

4. Les huiles essentielles à potentiel hépatotoxique

En quoi les huiles essentielles peuvent poser problème au foie ?

Le foie, c'est l'organe central de la transformation dans l'organisme. C'est-à-dire qu'il trie, transforme, conserve ou élimine les substances qui transitent par ce véritable filtre. Les molécules des huiles essentielles, véhiculées par le système sanguin, y sont également filtrées et éliminées. Au bout d'un délai variable selon le temps nécessaire pour leur traitement.

Plusieurs cas sont possibles, lorsqu'on parle d'hépatotoxicité. Certaines molécules peuvent causer, directement, des lésions au foie. D'autres sont transformées, par les enzymes du foie, en substances toxiques. D'autres encore, à dosage élevé, peuvent déborder la capacité d'intervention des enzymes du foie, qui ne réussissent plus à les traiter. 

Autant d'atteintes qui sont dépendantes des dosages utilisés. Tisserand & Young cite l'exemple de l'eugénol (contenu par exemple dans l'huile essentielle de giroflier) : à très hauts dosages, ce composé s'est montré très agressif pour le foie. En revanche, à dosages légers (les dosages recommandés), ce composé se révèle à l'inverse hépatoprotecteur. Le même phénomène a été rapporté pour le thymol, à la fois hépatoprotecteur et hépatotoxique selon le dosage. Inutile, à ce stade, de rappeler qu'il vaut mieux être guidé par un·e spécialiste pour l'utilisation des huiles essentielles qui contiennent des composés hépatotoxiques…

Les composés hépatotoxiques

Alpha-bisabolol : à hauts dosages
Apiol (et dillapiole, de même structure)
Ascaridole
Cinnamaldéhyde : contre-indiqué en cas de pathologie hépatique
Estragole (contre-indiqué en cas de pathologie hépatique)
Eugénol : à hauts dosages (contre-indiqué en cas de pathologie hépatique)
Isothiocyanate d'allyle
Menthol : contre-indiqué en cas de déficit G6PD
Pulégone : à éviter, surtout en ingestion ; mécanisme similaire à celui du paracétamol (contre-indiqué en cas de pathologie hépatique)
Phénols monoterpéniques : à hauts dosages ou usage prolongé
Pyranocoumarines
Safrole (contre-indiqué en cas de pathologie hépatique)
Trans-anéthole : à hauts dosages (contre-indiqué en cas de pathologie hépatique)

Certains composés, on l'a vu, et selon le dosage, peuvent avoir une action de protection du foie. C'est le cas de l'eugénol et du thymol.

Certaines huiles essentielles sont potentiellement hépatoprotectrices. “Potentiellement”, parce les constats sont issus de tests in vitro (sur des souris et des rats) mais pas sur des cellules humaines ou des humains. Ce que Tisserand & Young appellent “des effets hépatoprotecteurs expérimentaux”. 

Il s'agit des huiles essentielles de Allium sativum (ail), Foeniculum vulgare (fenouil doux), Myristica fragrans (muscade), et des composés suivants : bergaptène, carvacrol, diallyl disulfide, eugénol, thymol, thymoquinone.

Huiles essentielles à potentiel hépatotoxique

Le tableau suivant recense des huiles essentielles contenant un composé dont l'action s'est montrée délétère sur le foie. Dans le cas du cinnamaldéhyde, s'il pose problème aux rats, il s'avère qu’il n’a pas du tout le même effet sur le foie des humains. Il est indiqué dans ce tableau par précaution uniquement, pour les cas d'affections et de déséquilibres hépatiques. 

Nom botanique

Nom vernaculaire fr

composé hépatotoxique

taux moyen indicatif

Agasthoma betulina

buchu ct diosphénol

pulégone 
(risque faible)

0,5-9 %

Anethum sowa, A. graveolens

aneth

dillapiole

20-53 %

Bursera graveolens

palo santo

menthofurane
pulégone

6-12 %
1,2 %

Cinnamomum cassia

cannelle de Chine (écorce)

cinnamaldéhyde

73-90 %

Cinnamomum cassia

cannelle de Chine (feuille)

cinnamaldéhyde

54-90 %

Cinnamomum zeylanicum

cannelle de Ceylan (écorce)

cinnamaldéhyde

63-76 %

Petroselinum crispum, P. sativum, P. hortense

persil (semences)

apiol persil

11-67 %

Thymus vulgaris, T. zygis
ct thymol

thym ct thymol

non indiqué

*

Source : R. Tisserand, R. Young, Essential Oil Safety, Elsevier, 2014

* Tisserand & Young réfère à un article unique de 1993.

Mise en ligne 4 mai 2020

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