Vous achetez vos huiles essentielles sur internet ? Comment vérifiez-vous leur qualité ? Leur qualité réelle, pas ce qu’en disent les commentaires qu’on trouve sur les sites de vente en ligne… Des chercheurs se sont penchés sur la question : ils ont achetés leurs huiles essentielles en ligne ou en pharmacie, comme vous, et les ont analysées. Le résultat de ces analyses, même s’il n'est pas vraiment surprenant quand on évolue dans le monde de l’aromathérapie, pose de vraies questions sur la fiabilité et le sérieux des fournisseurs vis-à-vis de leurs clients.

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Ce que vous achetez n’est pas toujours ce que vous croyez…

Deux chercheurs et une chercheuse français·e·s ont analysé 31 huiles essentielles qu’ils·elle ont achetées en ligne ou en pharmacie. De la même façon exactement que vous pourriez vous-même les avoir commandées. Les résultats de leurs analyses font l'objet d'un article publié tout récemment (27 mai 2021) par le très fiable nature.com. Et ces résultats sont loin d'être enthousiasmants : la plupart des huiles essentielles analysées ont été adultérées, ou bien ne répondent pas du tout aux normes. La majorité de ces HE sont donc très loin d'être aussi “pures” et “naturelles” que le prétendent en général leurs revendeurs !

En cause, des huiles essentielles vendues sur d’importants sites en ligne

Les chercheurs ont analysé des flacons vendus sur le web et dans des pharmacies françaises, mais aussi et en plus quelques flacons dits “premiums”, top qualité donc, obtenus auprès de parfumeries réputées. Il s'agissait d'HE de bergamote (Citrus bergamia) : 9 flacons achetés en ligne et 1 en pharmacie, d'HE de mandarine (Citrus reticulata) : 8 flacons achetés en ligne et 1 en pharmacie, + un flacon de la variante tangerina ; et d'HE de néroli (Citrus aurantium) : 8 achetés en ligne, 1 en pharmacie, 2 flacons “premium”. Bien que les chercheurs n'indiquent pas où ils se sont fournis – on comprend facilement pourquoi –, ils notent néanmoins que 23 flacons proviennent d'un site qui vend environ 230 huiles essentielles. Des sites de ce genre, vous en connaissez sûrement sur la toile, vous y achetez peut-être même vos huiles essentielles…

Bergamotes

Huiles essentielles adultérées ou pas aux normes

De quelles normes s’agit-il ?

Les chercheurs se sont basés sur les normes ISO. Ces normes sont établies par diverses instances dans chaque pays, qui regroupent des experts. Ils échangent sur leurs travaux et établissent des règles qui permettent de définir dans quelle mesure telle ou telle action, ou produit, etc., est conforme à la “meilleure façon de faire”. C’est le respect de ces normes qui permet d’obtenir des certifications de conformité.

Pour les huiles essentielles, ces experts déterminent le pourcentage d'un certain nombre de molécules caractéristiques d'une huile essentielle que celle-ci doit contenir pour pouvoir être labellisée comme telle. En termes concrets, si vous avez besoin de telle huile essentielle pour un effet précis, grâce à un certain nombre de différents composés nécessaires, il faut que cette huile essentielle les contiennent aux doses requises. Sinon, il y a peu de chances qu'elle agisse comme prévu. 

Compositions moyennes des HE de néroli, de mandarine et de bergamote

Accéder aux normes ISO est réservé aux professionnels, ou aux particuliers qui peuvent se permettre l’achat de ces documents officiels. Mais on peut néanmoins s’appuyer sur certaines publications de référence. En cliquant sur le bouton ci-dessous, vous afficherez le tableau des fourchettes habituelles de composés pour ces trois huiles essentielles.

Huile essentielle de néroli : la majorité des échantillons adultérés

Sur les 9 échantillons des flacons commerciaux, un seul et unique répondait parfaitement aux exigences ISO, et un échantillon s'en approchait. 2 autres présentaient des adultérations flagrantes par ajout d'huile végétale ou de diluant, 2 par ajout de glycol (cette substance qu'on trouve, par exemple, dans les liquides de substitution des cigarettes électroniques) ou des réhausseurs d'arôme synthétiques…

Mandarines

Huile essentielle de mandarine : la majorité des échantillons ne répond pas aux critères ISO

Un seul des échantillons répondait aux normes ISO, 3 s'en approchaient. Les autres présentaient des pourcentages beaucoup trop élevés. Ou bien elles contenaient 6 composés hors normes, qui font soupçonner ces HE d'être en fait des huiles essentielles d'orange douce. Dans certaines, des réhausseurs d'arôme avaient été ajoutés.

Huile essentielle de bergamote : diluée ou hors normes

Un seul échantillon répondait aux normes ISO. Deux des échantillons présentaient une dilution – non détectable directement par analyse chromatographique en phase gazeuse ! – et contenaient des solvants. L'échantillon acheté en pharmacie n'était pas aux normes pour deux des composés.

L’adultération des huiles essentielles, une pratique répandue ?

Il est difficile d'en évaluer toute l'étendue. Comme le rappellent les deux chercheurs et la chercheuse dans la publication de leurs résultats :

Les organismes de réglementation auront du mal à contrôler le monde en ligne des produits de consommation en raison de l'ampleur du secteur. Il serait impossible de tester chaque huile essentielle sur le marché en ligne comme nous l'avons fait pour ces 31 produits. Le contrôle du marché devient encore plus difficile lorsqu'une entreprise qui n'existe qu'en ligne peut changer de nom ou de matière première avec peu ou pas de traçabilité.

L’intérêt de vendre des huiles essentielles pour ce qu’elles ne sont pas

Se pose-t-on vraiment la question ? Parce que la réponse est simple, et vous la connaissez comme moi. Ce sont des motivations économiques uniquement. Une huile essentielle vendue comme “mandarine”, par exemple, pourra l'être à un prix bien plus intéressant qu'une HE d'orange douce. Augmenter les quantités par l'adjonction de produits synthétiques aura un résultat similaire. De même, ajouter des réhausseurs d'arôme est destiné à rassurer les consommatrices, qui n'ont pas forcément la formation adéquate pour détecter la supercherie. Et paient le prix. Vous arrivez à différencier l'arôme de la mandarine et celui de l'orange douce rien qu'à l'odeur ?

Quoi d'étonnant, si on n'est pas béatement optimiste sur la nature humaine, dans un marché des huiles essentielles qui devraient représenter plus de 14 milliards d'euros d'ici 2026 ? Tous les moyens sont bons pour se tailler la part du lion… Au détriment des consommateurs et consommatrices démunis.

Néroli – bigaradier

Des normes à revoir ?

Quand il s'agit de matériau végétal, du vivant en général, on peut souligner que les normes ne peuvent être que des indicateurs, des fourchettes vers lesquelles on doit tendre. Pour les plantes, on sait que certaines variations peuvent être dues à des conditions naturelles. Pour une huile essentielle dont la composition approche celle qui est recommandée, on peut supposer qu'il n'y a pas forcément de volonté d'altération. Les fourchettes habituelles prennent en général ce phénomène en compte.

Qu’en est-il des normes ISO ? Il faut être un professionnel de l’achat-vente des huiles essentielles pour y avoir accès sans se ruiner. Les simples consommatrices ne peuvent certainement pas investir les sommes nécessaires pour en avoir connaissance. La seule et unique solution serait de mettre ces normes à disposition, ou pour un coût abordable. Sinon, les consommatrices devront, comme je l'ai fait ici, se tourner vers des ouvrages qui recensent des fourchettes de composés, en espérant que ces fourchettes sont fiables… Et il apparaît clairement, à la lecture des résultats des analyses des trois chercheurs, qu’on peut s’interroger sur la fiabilité de ce que disent les fournisseurs des huiles essentielles qu'ils vendent…

Ceux qui n'hésitent pas à glisser des substances externes dans leurs huiles essentielles, vendues sous ce nom, ont bien compris deux choses. La valeur d'indicateur de ces normes, qui ne sont imposées ni obligatoires nulle part. Il faudrait pour ça avoir les moyens d'un vrai contrôle, systématique, mais à une échelle telle que cela se révèle impossible. Et la difficulté, pour les consommatrices en bout de chaîne, de s'assurer de la qualité des huiles essentielles qu'elles achètent. Deux problèmes majeurs qui ouvrent grand la porte aux manipulations et aux fraudes de toutes sortes.

L’appât du gain, encore et toujours

Quoi qu’il en soit, pour tous les produits vendus par des professionnels qui seraient censés se conformer aux normes ISO, et qui vous vendent des produits qui s'en éloignent beaucoup, ou qui contiennent des ajouts volontaires de substances externes, il n'y a aucun doute : les motifs sont économiques. Et peu importe à ceux qui font ce genre d'opérations si, à l'autre bout de la chaîne, quelqu'un cherche juste à améliorer ses conditions de santé et risque fort de ne pas pouvoir le faire.

Cela veut dire aussi, en termes très clairs, qu'on peut nous vendre pratiquement n'importe quoi sous l'appellation “huile essentielle”.

Bien sûr, un·e consommateur·trice averti·e réclamera une analyse par chromatographie en phase gazeuse à son fournisseur. Mais cet outil est-il suffisant, qui ne permet pas de tout détecter ? Ou bien alors, il faudra faire une analyse complète en laboratoire. Mais tout le monde n'est pas formé à la lecture des chromatographies. Et tout le monde n'a pas les moyens de s'offrir une analyse systématique très coûteuse en laboratoire. Alors pour la grande majorité, comment s'assurer de la qualité des huiles essentielles fournies ?

Chromatographie en phase gazeuse

Peu de solutions, sinon la vigilance

Vous n'avez pas les moyens de faire procéder à une analyse de chaque flacon que vous achetez. Vous ne savez pas lire un résultat de chromatographie en phase gazeuse – rassurez-vous, c'est le cas de la majorité des utilisateurs et utilisatrices d'huiles essentielles. Ou bien votre fournisseur s'obstine à vous proposer des analyses qui correspondent à un autre lot que celui dont vous avez acheté un flacon – c'est le cas de certains très gros sites basés en France… Et vous comprenez bien que les commentaires des client·es de ces sites, même s'ils ou elles sont nombreux·ses et trouvent “tops” les HE qu'ils et elles ont achetées, ça ne vous renseigne pas, mais alors pas du tout, sur la qualité réelle de ces huiles essentielles. Pensez que ces personnes n'ont pas plus les moyens que vous de s'assurer de cette qualité. 

Extrait de résultat d'analyse GC-MS

Extrait de résultats d'analyse par GC-MS (A. St Gelais, voir Références)

Alors comment faire ?

Faut-il continuer à acheter des huiles essentielles sur internet ? C'est parfois tout simplement inévitable, et nous venons de vivre plusieurs épisodes qui nous y ont contraint·es. Mais en ce cas, comment s'assurer de la qualité de nos huiles essentielles ? Malheureusement, il n'y a pas beaucoup de solutions. La meilleure étant de rechercher les fournisseurs, où qu'ils soient :

  • qui ont la plus grande transparence sur leur produits ;
  • qui peuvent fournir des analyses de leurs lots produites par des labos externes ;
  • qui se soumettent à des contrôles de qualité par des prestataires externes, avec lesquels il n'y a strictement aucun lien d'affiliation.

C'est d'ailleurs à cette conclusion qu'en sont arrivés les chercheurs après leurs travaux d'analyse des 31 huiles essentielles :

Le choix le plus sûr pour un consommateur situé au bout de cette chaîne de production complexe semble être d'acheter des huiles essentielles auprès de fournisseurs connus, qui ont une stratégie de marque et qui effectuent en général des contrôles de qualité rigoureux.

Votre ou vos fournisseurs répondent-ils à ces critères-là ? Alors vous avez une chance pour que vos huiles essentielles puissent produire les effets que vous attendez. Sinon, ne vous découragez pas, continuez à chercher. Parmi les producteurs qui vendent directement leurs huiles essentielles, et qui sont capables de détailler leur travail, de vous expliquer d'où vient leur matériau de base, comment ils le transforment, et comment ils s'assurent de la qualité de leur production. Ce qui est rarement le cas des “gros” sites de vente en ligne, même si, nous disent nos chercheurs, “la plupart des étiquettes comportent un boniment conseillant de diluer les huiles essentielles, car elles sont très concentrées et peuvent irriter la peau, même sur des échantillons qui ont déjà été fortement dilués”.  Ou des pharmacies qui n'assurent pas toujours, loin s'en faut, cette démarche de qualité.

Si néanmoins vous voulez quelques adresses, si vous ne savez pas trop par où commencer, je vous en indique quelques-unes parmi celles que je considère fiables, pour les utiliser en alternance et selon mes besoins. C'est ici, et ça ne vous engage bien sûr à rien !

Bonne recherche, et surtout bon courage !

Références

Marissa Pierson, Xavier Fernandez, Sylvain Antoniotti, Type and magnitude of non-compliance and adulteration in neroli, mandarin and bergamot essential oils purchased on-line: potential consumer vulnerabilityScientific Reports 11, article number: 11096 (2021)
Dr. Scott A. Johnson, Evidence-Based Essential Oil Therapy, The ultimate guide to the therapeutic and clinical application of essential oils, S. A. Johnson Professional Writing Services, 2015
A. St Gelais, Avantages et inconvénients de la GC-MS dans l'analyse des huiles essentielles [Titre original : The Highs and Lows of GC-MS in Essential Oil Analysis], tisserand.org, 2020
R. Tisserand, R. Young, Essential Oil Safety, Churchill Livingstone-Elsevier, Second Edition, 2014

Mis en ligne le 10 juin 2021

  • Jean-Charles dit :

    Bonjour, merci pour ce texte qui attire l’attention sur un vrai problème. Et vous faites bien de souligner que ce problème, ça n’est pas qu’il y ait des normes ni la justesse de ces normes : ça, ça reste très secondaire, puisque personne ne peut contrôler qu’elles sont respectées. Non, l’ennui c’est bien ce que vous dites: en fin de compte, c’est bien nous, utilisateurs des huiles essentielles, qui nous retrouvons démunis. « On peut bien nous vendre n’importe quoi », et c’est ce qui se passe souvent si on ne fait pas très attention.
    Merci pour la qualité de vos textes, toujours très informatifs, réfléchis et éducatifs.

    • Corinne Essentielle Marguerite dit :

      Rien à ajouter, Jean-Charles, c’est bien le cœur du problème à mon sens. Merci à vous. 🙂

  • Marcelle dit :

    Eh beh ! pas très étonnant en fait non, on est vraiment des pigeons… En tout cas je vais m’y reprendre a 2 fois maintenant c’est sûr!!

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