fbpx
Sauge sclarée – Salvia sclarea

Œstrogen-like, la sauge sclarée ? Vous êtes sûre ?



Non, madame, pas sûre du tout que la sauge sclarée soit œstrogen-like, bien au contraire ! D’autant que des experts internationaux en aromathérapie disent exactement le contraire.
Et pourtant, vous l’avez lu sur tous les sites marchands que vous avez consultés ?
C’est mentionné dans les ouvrages pourtant sérieux auxquels vous vous fiez ?
Et on vous a bien dit que dans le cas d’une maladie œstrogéno-dépendante, il ne fallait surtout pas utiliser l’huile essentielle de sauge sclarée ?
C’est une rumeur tout à fait infondée pour l’instant !
Dans cet article, je vous explique pourquoi. Rassurez-vous (enfin !), il semble bien que vous puissiez bénéficier des bienfaits de cette huile essentielle sans craindre un effet qui n’existe pas…

More...

débutant·e ou occasionnel

intermédiaire

avancé

1. Qu’est-ce que ça veut dire, œstrogen-like?

On dit d’une huile essentielle qu’elle est œstrogen-like lorsque, par le biais de l’un de ses composants, elle-même se comporterait comme un œstrogène humain (œstrogène stéroïde).
Et si vous êtes concerné·e, directement ou dans votre entourage, par un cancer œstrogéno-dépendant, vous vous êtes immédiatement détourné·e de cette superbe huile essentielle.
Vraiment dommage ! Il suffit de lire de vrais experts dans le domaine pour comprendre que l’affirmation selon laquelle l’huile essentielle de sauge sclarée est œstrogen-like est fondée sur du vent… Mais qui lit les vrais experts ? Apparemment pas les auteur·es des sites et des blogs qui répètent sans vérifier ce qui est écrit sur d’autres sites et d’autres blogs !

Salvia sclarea

​Sauge sclarée (Salvia sclarea)

2. Est-ce qu’une huile essentielle peut être œstrogen-like?

Avis d’expert : Robert Tisserand

Oui, nous dit Robert Tisserand, mais dans un seul cas précis et encore, il n’est pas suffisamment démontré. Et il ne s’agit pas du tout de l’huile essentielle de sauge sclarée (Salvia sclarea).

Robert Tisserand, référence connue et reconnue sur le plan international dans le monde de l’aromathérapie, détaille très précisément les résultats de recherches existantes dans ce domaine depuis 1988. Ces recherches ont toutes été menées in vitro, en laboratoire, en utilisant certains composants de la plante, ou de l’huile essentielle, isolés et administrés en doses massives à des rats ou des souris ou testés dans des boîtes de Petri. Il ne semble exister aucune étude in vivo (menée sur un ou des groupes test humains).

La conclusion de Tisserand est limpide, je vous la traduis et vous la livre telle quelle :

Aromathérapeute, Robert Tisserand

Robert Tisserand

Si l'on se base sur les preuves existantes à ce jour, et hormis une exception, la contre-indication d'huiles essentielles avec activité œstrogénique potentielle dans les cas de grossesse, d'allaitement maternel ou aux patientes atteintes par un cancer œstrogéno-dépendant ou une endométriose n'est pas fondée. L'exception est le (E)-anéthole, et nous estimons que les preuves ne sont pas suffisantes pour contre-indiquer les huiles essentielles qui contiennent des pourcentages élevés de ce composant [1].

Avis d’expert : Ron Guba

Ron Guba, expert en aromathérapie depuis les années 1980, s’est attaché à déconstruire un certain nombre de « mythes sur la toxicité des huiles essentielles ». En 2001, il indiquait notamment :

Essentielle Marguerite - Ron Guba

Ron Guba

Le seul composant d’huile essentielle dont on a montré, dans les rapports de recherche, qu’il a une légère action «œstrogénique» sur les animaux de laboratoire est l’anéthole, composant majoritaire des huiles essentielles d’anis (semences), d’anis étoilé, de fenouil et de ravensare anisé. La liste des autres huiles essentielles qui ont les effets évoqués de régulation des règles, d’après l’expérience d’une longue pratique traditionnelle et/ou des résultats significatifs d’études cliniques, inclut : la sauge sclarée, la sauge (Salvia officinalis), la livèche, l’angélique (racine), le niaouli et le cyprès. Dans tous ces cas, les effets se manifestent par le biais d’une action sur l’hypophyse antérieure, pas par l’addition de composants «hormone-like». Les effets recensés de l’huile essentielle de sauge sclarée (Salvia sclarea) en attestent. De nombreux rapports ponctuels ont été faits sur les effets sur la menstruation de la simple inhalation de l’huile essentielle [2].

Commentant les recommandations relevées dans de nombreux ouvrages d’aromathérapie, qui conseillent d’éviter toute utilisation des huiles essentielles à prétendu effet hormone-like, il note que ces précautions s’appuient sur “une mauvaise compréhension du processus à l’œuvre lors d’une grossesse”.

Robert Tisserand - Essential Oil Safety

Robert Tisserand

Presque toutes les huiles essentielles supposées être emménagogues ou stimulantes utérines soit n’ont pas cet effet (il n’y a souvent aucune base sur laquelle appuyer ces assertions), soit, si elles manifestent un tel effet, il n’est pas assez puissant pour déclencher un avortement. Dans certains cas, c’est la plante dans son ensemble qui est classée comme emménagogue, et on a émis l’hypothèse que l’huile essentielle avait la même activité.

3. Mais d’où vient cette histoire d’œstrogen-like alors?

L’aromathérapie telle que nous la connaissons aujourd’hui a à peine dépassé un siècle d’existence. Si vous avez lu qu’on utilise des huiles essentielles (telles que nous les connaissons) depuis la nuit des temps, c’est une grosse exagération !

Ce qui est vrai, c’est que les plantes font partie de l’arsenal des docteurs·doctoresses, pharmacien·pharmaciennes, herboristes et autres soignant·es depuis les débuts de la médecine. Et parmi elles, bien sûr, les plantes aromatiques. Les propriétés de beaucoup d’entre elles sont en effet connues par l’expérience et se transmettent depuis fort longtemps. Une grande partie des molécules synthétiques créées en laboratoire sont d’ailleurs directement inspirées de cette matière vivante.

Confusion entre plante et essence

Le problème, c’est que les attributs et propriétés de ces plantes ont souvent été simplement étendus à leurs huiles essentielles. Or, les huiles essentielles, produits de la distillation, ne contiennent pas toutes les molécules des plantes dont elles sont extraites. Elles peuvent aussi en contenir d’autres, à l'issue du processus de distillation, qui ne sont pas dans la plante. Elles n’ont donc pas forcément les mêmes propriétés. (Mais ce qui est certain, c’est que chaque cas doit être ré-étudié régulièrement à la lumière des protocoles d’études les plus récents…)

Est-ce de là que viendrait cette propriété œstrogen-like que certain·es attribuent à la sauge sclarée ? Pas sûr. Après investigation du côté de quelques « anciens », comme Nicholas Culpeper [3], Maud Grieve [4], ou Ernest J. Perry [5], par exemple, à propos de la sauge officinale, aucune mention nulle part d'un quelconque effet œstrogénique de la plante. (La sauge sclarée est dite avoir les mêmes propriétés que la sauge officinale mais de façon plus «douce».)

Essentielle Marguerite - Michael Moore

Michael Moore
Herboriste américain de grand renom, fondateur de la Southwest School of Botanical Medicine (Arizona)

[…] je vous assure que pratiquement aucune plante n’a d’effet imitant les hormones stéroïdes. Il existe quelques exceptions notables avec une portée limitée, comme l’actaea ou les racines de réglisse. […] À part cela, les plantes ont très peu d'action hormonale directe.

R.-M. Gattefossé indique que l’huile essentielle de sauge sclarée est emménagogue. Il n’avait pas encore identifié les autres « substances (…) d’une nature inconnue » dans cette huile essentielle, en plus du linalol et de l’acétate de linalyle. On suppose que l’une de ces substances est le sclaréol qui, on va le voir, serait la molécule responsable d’une activité œstrogénique, ou œstrogen-like. Il faut lire Jean Valnet pour trouver une mention de phytoestrogène contenu dans la sauge, mais il n’en note pas du tout la présence dans l’essence. En revanche, il indique bien lui aussi « ses propriétés stimulantes et emménagogues » [6]. Il mentionne la présence de sclaréol dans l’essence de sauge sclarée, sans pour autant lui noter d’attribut spécifique.

À l’origine, Franchomme et Pénoël…

C’est en fait probablement à partir de l’ouvrage de référence de Pierre Franchomme et du Dr Daniel Pénoël, publié en 1990 [7], que la confusion s’est installée. Car les deux grands spécialistes l’écrivent noir sur blanc à plusieurs reprises : le sclaréol est bel et bien, selon eux, œstrogen-like. Est-ce une simple erreur ? En tout cas, ils ne l’ont certainement pas inventé et s’appuient sans doute, pour l’affirmer avec autant de certitude, sur l’ensemble des ressources scientifiques attendues ? Après tout, ils n’indiquent pas seulement la fonction emménagogue de l’huile essentielle, mais s‘attachent à une molécule très précise. Malheureusement, comme rien n’indique dans l’ouvrage de quelles recherches il s’agit, j’ignore si elles sont noyées dans les quelques 900 références de la bibliographie…

Il est utile en tout cas de rappeler que cet ouvrage date de 1990 et qu’en près de trente ans, de nombreuses nouvelles recherches ont été menées. Des transformations ont eu lieu dans le monde de l’aromathérapie. Comme par exemple le nom du ravintsara, qu’il était courant à l’époque de confondre avec le ravensare, ce à quoi P. Franchomme et le Dr. Pénoël n’avaient pas échappé. Par ailleurs, les exigences en matière de démonstration scientifique nécessitent aujourd’hui de s’appuyer sur un protocole précis, qui inclut études en chimie, études de cas et épidémiologie, pour déterminer de manière certaine un rapport de cause à effet. Malheureusement, les coûts de telles explorations n’ont pas souvent permis de les appliquer à l’aromathérapie. 

Aucune expérience clinique d’aucune sorte, à ma connaissance, n’a démontré que des huiles essentielles comme la sauge sclarée, supposées emménagogues, le seraient vraiment.

The Chemistry of Aromatherapeutic Oils, 3rd Ed., 2013

… et les joies du copier-coller !

Ça arrive très souvent : lorsque vous trouvez des « fiches » sur une huile essentielle, la plupart du temps, on ne vous indique pas quelles sont les sources qui permettent d’affirmer tel bienfait ou tel inconvénient. Selon que vous pensez que ceux ou celles qui ont rédigé ces fiches sont sérieux, vous décidez de croire à ce qu’ils ou elles disent, sans autre preuve. C’est parfois juste – le plus souvent on espère –, mais il arrive, c’est un fait, que ça s’appuie sur du vent.

Parfois, on vous indique des sources, de manière générale et souvent un peu vague : c’est indiqué, paraît-il, dans tel ou tel ouvrage. Par habitude, ou curiosité intellectuelle, je consulte toujours les ouvrages indiqués. Et là commence la ronde infernale : dans l’ouvrage donné comme référence, on trouve comme source un ou plusieurs autres ouvrages. Si on consulte ces autres ouvrages, leurs sources sont encore d’autres ouvrages. La piste est sans fin, mais ce qui est certain, c’est qu’on n’arrive que rarement à la source première, si toutefois elle a jamais existé !

Vérifiez toujours l’origine des infos

Alors un seul conseil : si on ne vous indique aucune source, ni surtout aucune source fiable – une ou plusieurs études scientifiques sur le sujet, un rapport circonstancié d’utilisation traditionnelle, ou au moins la description précise d’une pratique personnelle… –, posez-vous des questions sur la validité de ce qu’on vous affirme. Ça ne veut pas dire qu’on vous raconte obligatoirement n’importe quoi. Mais posez des questions sur l’origine de ces affirmations. Tout comme vous vous assurez de l’origine et de la qualité de vos huiles essentielles.

Si la source indiquée est un ouvrage, interrogez-vous aussi : est-ce l’un de ces ouvrages qu’on mentionne en référence par réflexe, ou parce qu’il est censé être LA référence ? Il y a des ouvrages publiés à un moment précis, qui, parfois, s’appuient sur de réelles recherches, d’autres fois, se basent sur des ouvrages précédents. Mais par essence, ces recherches et ces ouvrages précédents sont datés. Ça ne veut pas dire qu’ils sont complètement faux, non. Mais ils ne tiennent pas compte, c’est une évidence, des recherches postérieures à la publication. D’autant moins si l’ouvrage en question a déjà 5, 10, 15 ou 20 ans !

Il n’y a pas de « bible » en aromathérapie. Ça ne peut tout simplement pas exister. L’aromathérapie et les huiles essentielles sont un domaine en pleine exploration. Soyez vigilant·es, pour votre propre bien-être, votre santé et ceux de vos proches !

​4. L’huile essentielle de sauge sclarée est-elle œstrogen-like, oui ou non ?

Avis d’expert : Robert S. Pappas

Robert S. Pappas (PhD), chimiste spécialisé dans la recherche sur les huiles essentielles depuis près de 20 ans, publie des articles de façon régulière dans le cadre de son Essential Oil University [8]. Pour lui, les choses sont très claires : « il est impossible que la sauge sclarée, ou tout autre huile essentielle en l’occurrence, agisse comme un œstrogène dans le corps humain ». Il compare la structure des trois principaux œstrogènes humains (œstrone, œstradiol et œstriol) avec celle du sclaréol et constate: «en se basant sur les paramètres structuraux des deux systèmes, le sclaréol n’est pas du tout capable d’exercer une fonction d’œstrogène». Et il conclut, au terme de sa démonstration :

Essentielle Marguerite - Robert Pappas

Dr Robert Pappas

Je crois qu’il est prouvé assez clairement sur le plan chimique que le sclaréol n’est pas un œstrogène stéroïde, n’imite la fonction d’aucune molécule œstrogénique, ne stimule pas la production d’œstrogènes (pourquoi le ferait-il ?), et ne présente aucun mécanisme par lequel il pourrait « équilibrer les hormones » (…). 
Si l’huile essentielle de sauge sclarée présente une quelconque activité de ce type, c’est donc par le biais d’un autre mécanisme, sans aucun lien avec le mode de fonctionnement des œstrogènes dans le corps. Je ne dis pas qu’il est impossible que la sauge sclarée puisse avoir les effets qu’on lui attribue, soyez seulement conscient qu’il n’est vraiment pas possible que cette huile imite les œstrogènes ou qu’elle contienne des molécules œstrogen-like.

Il n’existe à ce jour aucune étude 
qui démontrerait la prétendue propriété
œstrogen-like de l’HE de sauge sclarée !

Robert Tisserand, s’appuyant sur des recherches pointues et sa propre expertise, l’avait déjà fait remarquer quelques années plus tôt. Dès 2002, il précisait que l’huile essentielle de sauge sclarée «peut très bien être utile pour soulager les douleurs menstruelles, les symptômes pré-menstruels et de ménopause, et autres problèmes, mais rien de tout cela ne nécessite une action œstrogen-like».

5. Comment se faire une opinion fondée ?

D'un côté, il y a (au moins) trois chercheurs dont la réputation n’est plus à faire. Robert Tisserand, s’il n’a pas encore lu toutes les études parues au sujet des huiles essentielles, n’en est certainement pas loin. Il est en tout cas certain qu’il a connaissance des plus probantes et importantes dans ce domaine. Robert Pappas, chimiste de haute volée, donne une explication détaillée et limpide en se basant sur ses propres analyses et sa profonde connaissance de la chimie. Ron Guba est spécialisé dans les huiles essentielles et l’aromathérapie depuis de très nombreuses années. Le fait qu'il ait travaillé en direct avec le Dr Pénoël indique aussi qu’il a probablement connaissance de ses sources. S’il ne se réfère à aucune à propos de la sauge sclarée et de ce prétendu caractère œstrogen-like, et qu’il contredit clairement cette affirmation, on peut supposer qu’il s'est amplement renseigné sur le sujet.

D’un autre côté, lorsqu’on se penche de près sur des auteurs qu’on considère généralement comme fiables, lorsqu’ils affirment ce caractère œstrogen-like de l’huile essentielle de sauge sclarée, on ne trouve jamais aucune référence à la moindre étude ou analyse qui le démontrerait. Il s’agit chaque fois d’une affirmation présentée comme une évidence, que ce soit il y a 30 ans pour Pierre Franchomme, ou aujourd’hui encore pour P. Franchomme ou Michel Faucon.

“Principe de précaution”, vous avez dit ?

Oui, je vois. Vous savez, à force de se protéger de tout ce dont n’importe qui nous dit de nous méfier, on risque bien de ne plus faire grand-chose. Le principe de précaution, ça peut se révéler utile. Surtout quand ça concerne quelque chose sur quoi tous les experts s’accordent pour dire qu’il faut être prudent. Parmi les experts auxquels je me fie, et je vous ai cité les principaux, ils sont tous d’accord, au contraire, pour dire que la sauge sclarée ne pose aucun problème. Ça me paraît amplement suffisant.

Alors en l’absence de la moindre série d’études sérieuses qui établirait une relation certaine de cause à effet entre sclaréol et action œstrogen-like, mon opinion est faite, il me paraît assez logique et cohérent de se fier au trio d’aromatologues cités ici : pas de contre-indication particulière ! Voilà une très bonne nouvelle, parce qu’on reste femme dans de nombreuses situations très difficiles. Et il est très important, quand c’est parfois très lourd, de pouvoir trouver aide et réconfort dans les huiles essentielles les plus indiquées. Croyez-moi, j’en parle vraiment en connaissance de cause.

6. Quelles sont vraiment les propriétés de l’huile essentielle de sauge sclarée (Salvia sclarea) ?

Essentielle Marguerite - Huile essentielle de sauge sclarée

L’huile essentielle de sauge sclarée est extraite par distillation à la vapeur des sommités fleuries (partie aérienne, y compris fleurs et graines sèches) et feuilles de la plante, réputées pour leurs effets anti-inflammatoires et calmants. Elle contient du linalol et de l’acétate de linalyle, deux composants qu’on retrouve dans les huiles essentielles de lavande vraie et de bergamote, et du sclaréol en infime quantité (à l’état de trace) la plupart du temps.

Parmi les propriétés qui lui sont attribuées, l’huile essentielle de sauge sclarée est connue pour être relaxante et antidépressive, antifongique et antimicrobienne. Dans sa composition, on trouve également l’oxyde caryophyllène, un antioxydant très puissant (qu’on trouve également dans les HE de cannelle de Ceylan, de chanvre doux, de citron zestes, de giroflier et de romarin officinal à camphre, à cinéole et à verbénone…).

L’HE de sauge sclarée est très efficace dans son action contre l’anxiété et les effets du stress, par régulation de la production de dopamine [9]. Il ressort de deux études menées en 2012 et 2015 [10] qu’elle a une action tout aussi efficace contre les bactéries du type Staphylococcus et E. coli, et le Candida fungus.

Une piste à explorer

Autre information très intéressante à propos du sclaréol, qui n’est donc pas œstrogen-like : ce composant a montré en laboratoire qu’il pourrait avoir un effet significatif sur la prolifération des cellules cancéreuses et concourir à provoquer l’apoptose de ces mêmes cellules (leur destruction) [11]. C’est une piste que les chercheurs auront sans doute à cœur d’explorer hors laboratoire à l’avenir, en tout cas on l'espère !

Maux de femmes

Mesdames, elle sera sans doute l’une de vos huiles essentielles préférées si elle ne l’est pas déjà ! La sauge sclarée (plante et HE) est connue depuis fort longtemps pour agir en cas d’aménorrhée ou de dysménorrhée, et pour calmer les douleurs qui y sont liées. Tout au long de la vie d’une femme, de l’adolescence [12] à l’âge de la ménopause !

Lors de l’accouchement, les HE de sauge sclarée (Salvia sclarea) et de camomille noble (Chamæmelum nobile) combinées ont montré, à plusieurs reprises, une très grande efficacité dans l’atténuation de l’anxiété mais aussi de la douleur. Sans aucun effet néfaste, bien au contraire [13].

Enfin, lors de la ménopause, qui provoque chez certaines des épisodes de grande déprime, la sauge sclarée aide, sans conteste, à passer cette étape de transition, en réduisant les niveaux de cortisol et en agissant comme antidépressif [14].

Réhabilitation demandée !

Pour conclure, la sauge sclarée est réputée depuis longtemps être la plante des femmes par excellence. Testez-en l’huile essentielle, et vous verrez, c’est certain, qu’elle mérite amplement son titre. Et quel arôme !

Ce serait vraiment un soulagement, sur tous les plans!, qu’on arrête de lui attribuer une propriété dont il n’a jamais été établi qu’elle existe pour l’huile essentielle de sauge sclarée, et qui effraie nombre de femmes déjà suffisamment atteintes dans leur corps et dans leur moral. Foi de «survivante» [15], l’huile essentielle de sauge sclarée peut vraiment intégrer votre armoire à huiles essentielles sans souci et avec beaucoup de bénéfices : elle figure en bonne place dans la mienne et n'est pas près d'en sortir !

Essentielle Marguerite - Marguerite : voilà

[mise à jour de cet article : octobre 2018]


Notes et références
[1] Robert Tisserand & Rodney Young,  Essential Oil Safety, 2nd edition, Churchill Livingstone Elsevier, 2014.
[2] Ron Guba, “Toxicity Myths — the Actual Risks of Essential Oil Use”, International Journal of Aromatherapy, vol. 11, n. 2, juin 2001.
[3] Nicholas Culpeper, The Complete Herbal, 1653 (T. Kelly London 1835 edition).
[4] Maud Grieve, A Modern Herbal, 1931 (Dover 1971 edition).
[5] Ernest J. Parry, The Chemistry of Essential Oils and Artificial Perfumes, Scott, Greenwood and Son, London, 1921. Contemporain de René Gattefossé, Ernest J. Parry le remercie pour leurs échanges à l'occasion de la rédaction de cet ouvrage.
[6] D’après René-Maurice Gattefossé, Gattefossé's Aromatherapy, The C.W. Daniel Company Ltd, Saffron Walden, 1993, traduction en anglais de l’ouvrage original de 1937 (introuvable) : Aromathérapie. Les Huiles essentielles hormones végétales, 1937. Dr Jean Valnet, L'Aromathérapie, Poche, 1984 (1964 pour l'édition initiale).
[7] Pierre Franchomme, Roger Jollois, Daniel Pénoël, L'Aromathérapie exactement, R. Jollois, Limoges, 1990.
[8] Essential Oils University ; ma traduction pour toutes les citations extraites de textes en anglais.
[9] G.H. Seol et al, “Antidepressant-like effect of Salvia sclarea is explained by modulation of dopamine activities in rats”, Journal of Ethnopharmacology, 2010, Jul 6; 130(1); 187-90.
[10] Sarin Tadtong, Supatcha Suppawat, Anchalee Tintawee, Phanida Saramas, Suchada Jareonvong, Tapanee Hongratanaworakit,  “Antimicrobial activity of blended essential oil preparation”, Nat Prod Commun. 2012 Oct; 7(10): 1401–1404.
Sienkiewicz M, Głowacka A, Poznańska-Kurowska K, Kaszuba A, Urbaniak A, Kowalczyk E. “The effect of clary sage oil on staphylococci responsible for wound infections”, Postepy Dermatol Alergol. 2015;32(1):21-6.
[11] Voir l'article Dimas K., Papadaki M., Tsimplouli C. et al 2006, "Labd-14-ene-8,13-diol (sclareol) induces cell cycle arrest and apoptosis in human breast cancer cells and enhances the activity of anticancer drugs", Biomedicine & Pharmacotherapy 60:127-133, référencé par Robert Tisserand sur son site, et sur lequel (entre autres) il s'appuie pour affirmer que « le sclaréol présente une activité anticancéreuse intéressante, y compris une action in vitro contre les cellules MCF-7 (Dimas et al 2006) du cancer du sein humain. Un isomer, le 13-epi-sclaréol, également présent dans l'huile essentielle de sauge sclarée, inhibe la croissance des cancers du sein et de l'utérus in vitro, et s'est montré légèrement plus puissant que le Tamoxifène, mais n'était pas toxique pour les cellules saines (Sashidara et al 2007). Cela suggère la possibilité que le sclaréol puisse en fait inhiber les œstrogènes et donc avoir, finalement, une habilité à interagir avec les récepteurs d'œstrogène. Ce que nous savons, c'est que le sclaréol ne vous donnera pas le cancer du sein » [souligné par l'auteur].
[12] M.H. Hur, M.S. Lee, Y. Seong, M.K. Lee, “Aromatherapy massage on the abdomen for alleviating menstrual pain in high school girls: a preliminary controlled clinical study”, Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine, vol. 2012 et bibliographie.
[13] E. Burns, C. Blamey, S.J. Ersser, et al, “An investigation into the use of aromatherapy in intrapartum midwifery practice”, Journal of Alternative and Complementary Medicine, vol 6, no 2, 2000, pp 141-147. Voir également l'article “Clary sage (Salvia sclarea) essential oil use during childbirth: a small survey”.
[14] https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/24802524
[15] Survivor est le nom qui désigne, entre autres, aux États-Unis, les personnes qui ont eu un cancer et en sont guéries.

À lire aussi…
▷Comment traduire les infos sur les huiles essentielles ?
​ Quand on commence à s’intéresser de près aux huiles essentielles, on est très vite embarqué·e. On commence à se[...]
Œstrogen-like, la sauge sclarée ? Vous êtes sûre ?
​​Non, madame, pas sûre du tout que la sauge sclarée soit œstrogen-like, bien au contraire ! D’autant que des experts[...]
▷Guide d’initiation aux huiles essentielles > Entretien de la maison
Des produits naturels et des huiles essentielles 1. Pourquoi renoncer aux produits industriels ? Des substances toxiques pour les humains…[...]
  • Claire Sutter dit :

    Super article!!! on y voit plus clair, enfin! en tout cas moi je ne me poserais plus la question et tant mieux Pour ça merci beaucoup Marguerite!!

  • Martine Barbeau dit :

    Merci beaucoup pour cet article sérieux qui s’appuie sur des références que je peux consulter aussi. C’est très éclairant. Je cherchais des informations sur la sauge sclarée parce que celles que j’ai trouvées étaient contradictoires. Je comprends mieux pourquoi. Merci.

    • Corinne Essentielle Marguerite dit :

      Merci à vous, Martine, d’avoir pris le temps de le lire, et de le commenter 🙂

  • Brieg N. dit :

    Je continue à chercher les études ou analyses qui démontreraient que l’HE de sauge sclarée aurait des effets oestrogen-like. J’essaie de me renseigner, mais pas facile : on me répond en général que untel ou unetelle l’a écrit ou dit. Les références sont des personnes reconnues, mais le déclarer ne suffit pas à le prouver. Rien trouvé du tout pour l’instant. Si jamais vous trouvez quelque chose de solide, je serais content que vous le signaliez!

    • Corinne Essentielle Marguerite dit :

      En effet, je n’ai personnellement rien trouvé de précis non plus à ce sujet, comme je l’indique. Je consulte tout ce qui s’écrit à propos de sauge sclarée, mais dans tous les cas, l’affirmation ne s’appuie sur rien. Les références sont toujours d’autres livres ou d’autres articles, où quelqu’un déclare que l’huile essentielle est œstrogen-like, mais c’est tout. C’est un peu court, je partage votre sentiment.
      Si une étude sérieuse venait à paraître sur le sujet, je ne manquerais pas de le signaler ici, Brieg.

  • Nathalie Lefebvre dit :

    Mais c’est quand même écrit partout sur les sites d’aromathérapie! c’est difficile de penser que tout le monde se trompe…. pas à ce point là…..

    • Corinne Essentielle Marguerite dit :

      C’est vrai, on trouve cette mention sur la plupart des sites (en français en tout cas) où l’on parle de cette huile essentielle. À vous de voir à qui vous vous fiez. Personnellement, j’ai tendance à faire confiance à des spécialistes internationaux sur le terrain depuis une quarantaine d’années. Comme R. Tisserand notamment, qui a toujours des propos prudents, qui connaît vraiment parfaitement son domaine et indique toujours sur quoi il s’appuie pour affirmer, avec mesure, ce qu’il sait des huiles essentielles. C’est aussi LA référence en matière de sécurité d’utilisation des HE, n’hésitez pas à consulter son ouvrage si vous pouvez 🙂

      • Nathalie Lefebvre dit :

        il existe en français? je ne parle pas anglais!

        • Corinne Essentielle Marguerite dit :

          À ma connaissance, il n’a pas été traduit en français, bien qu’il existe une version en de nombreuses autres langues… C’est vraiment dommage !

  • Marianne dit :

    Vraiment merci pour cet article!!! Je n’ai jamais eu d’explication claire sur la sauge sclarée même quand j’ai essayé de me renseigner. (ma maman a eu une maladie lié aux oestrogenes) A chaque fois c’était « olala attention!! c’est hormone-like! » Au moins, j’ai une idée plus précise maintenant
    Marianne

    • Corinne Essentielle Marguerite dit :

      Merci Marianne. Contente si ça peut vous aider 🙂

  • >
    Don`t copy text!