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Utiliser les huiles essentielles : notre bien-être, notre responsabilité

Utiliser les huiles essentielles : notre bien-être, notre responsabilité


Essentielle Marguerite

Bois de santal, bois de rose, agar ou bois de oud, nard de l’Himalaya… : autant d’huiles essentielles recommandées pour leurs vertus et leurs bienfaits, et autant d’espèces menacées de disparition ! Utiliser les huiles essentielles, se tourner vers l’aromathérapie pour se soigner, c’est un choix intelligent. Mais se préoccuper aussi de l’avenir de ces espèces qui nous font du bien, c’est voir plus loin que le bobo qu’on a au bout du nez !

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débutant·e ou occasionnel

intermédiaire

avancé

Un petit flacon et l'avenir de la planète…

Vous vous y êtes mise aussi : les huiles essentielles sont une parfaite alternative aux traitements chimiques de synthèse. Elles sont naturelles, issues des plantes, elles prouvent leur efficacité tous les jours. Et pas seulement pour les soins du corps mais aussi pour l’équilibre mental (est-ce que les deux sont vraiment séparés ?). Alors votre recherche principale, c’est peut-être de trouver les huiles essentielles les plus adaptées à vos problématiques, de la meilleure qualité possible, et pas trop chères si possible aussi. Cette fois, c’est sûr, vous intégrez l’aromathérapie à votre vie quotidienne.

Bois de santal, bois de rose, nard de l'Himalaya : notre bien-être, notre responsabilité

Mais derrière chacun de vos petits flacons choisis avec soin, il y a un aspect auquel vous ne pensez pas forcément. Parce que les conditions de production sur le terrain, c’est plein de chiffres et de statistiques pas toujours faciles à décrypter. Quand on arrive à obtenir des données précises. Et puis ce qui vous intéresse, c’est l’effet qu’elles ont sur vous. Le reste…

Le reste, c’est l’origine pourtant. C’est ce qui fait que vous pourrez continuer à profiter des bienfaits des huiles essentielles… ou pas ! Et c’est de ça qu’il faut que je vous parle…

Un marché et beaucoup de milliards en jeu

L’aromathérapie, on l’a dit, fait de plus en plus d’adeptes : c’est une façon naturelle et holistique de se soigner. Sur l’autre versant, c’est un marché en pleine expansion qui attire ceux qui sentent la bonne, la très bonne affaire.

C’est vrai, il y a plein de chiffres et de statistiques et de dollars à la clé. Je ne vous en fais pas la liste, mais retenez que le marché mondial des huiles essentielles représentera 11,67 milliards de dollars en 2022. Non, il n’y a pas d’erreur. On parle bien en milliards. Un enjeu qui fait taire beaucoup de scrupules (pour autant qu’il y en ait) dans certains milieux. Pour avoir leur part de cet énorme gâteau financier, certains se soucient peu de l’impact que l’exploitation intensive de ces plantes peut avoir sur l’existence même des plantes concernées, sur la nature et les éco-systèmes de notre planète.

Déviances et indifférence sidérale

Un exemple ? C’est facile. Tout récemment (2017), une très grosse entreprise américaine de vente d’huiles essentielles a plaidé coupable face aux accusations de trafic illégal de bois de rose et de nard de l’Himalaya. Deux espèces en très grand danger d’extinction. C’est ainsi qu’entre 2010 et 2014, cette entreprise a récolté illégalement et s’est approprié 86 tonnes d’huile essentielle de bois de rose. En 2015, cette même entreprise a exporté, toujours sans aucune autorisation légale, des kilos d’huile essentielle de nard de l’Himalaya du Népal vers ses structures en Grande-Bretagne. Elle a également acquis plus d’une tonne d’huile essentielle de bois de rose auprès d’un fournisseur sans se soucier une seconde de savoir si la provenance en était légitime.

Nard de l'Himalaya : danger critique

Cette entreprise est l’une des deux plus importantes fournisseuses d’huiles essentielles aux États-Unis. Oui mais c'est loin l'Amérique, on n’est pas vraiment concerné en Europe ? À l’heure mondiale, ce qui se passe “là-bas”, c’est comme ce qui se passe chez vos voisin·es : c’est la porte à côté ! D’autant que comme sa principale concurrente, cette entreprise a mis les pieds en Europe depuis un moment maintenant, et vous risquez bien de ne pas leur échapper. Ces deux mammouths américains recrutent de plus en plus de vendeurs et vendeuses, dans leur système pyramidal, sur le territoire européen, en Belgique comme en France et ailleurs. Réfléchissez bien, vous les avez sans doute déjà croisé·es, leurs représentant·es vous ont peut-être déjà sollicité·es. Attention, je ne dis pas que les deux ont exactement les mêmes pratiques quand il s'agit de se préoccuper de l’avenir de la planète. Et ce ne sont bien sûr pas les deux seules entreprises qui cherchent à se développer à tout prix. Mais profiter de ce marché fort juteux aux perspectives brillantes n’incite pas forcément tout le monde à des pratiques éthiques.

Pendant ce temps, elles disparaissent sans bruit…

Oui, pendant que certains entassent les bénéfices en profitant de l'intérêt d'un public grandissant pour des solutions de soins alternatives, les espèces de plantes surexploitées commencent à disparaître. Parce que les actions de remplacement n’existent pas toujours, loin de là.

L’IUCN (voir Références) est un organisme qui recense en continu les informations à propos de la faune et de la flore en danger. Ce qui représente quand même, les deux confondus, près de 27 000 espèces menacées d'extinction. Vous avez bien lu. Actuellement, et selon les données consultables en ligne, parmi les espèces qui servent à la production d'huiles essentielles ou de gommes médicinales, les plus menacées sont notamment celles-ci :

Nom courant

Nom botanique

Territoire d'origine

Statut

Bois de oud (agar)

Cambodge, République démocratique du Laos, Thaïlande, Vietnam

danger critique

Bois de oud (agar)

Bangladesh, Bhoutan, Indie (Assam, Tripura, Sikkim, Nagaland, Mizoram, Meghalaya, Manipur, Arunachal Pradesh), Indonésie (Kalimantan, Sumatera), Malaisie (Malaisie péninsulaire, Sabah), Myanmar (continental), Philippines, Singapore, Thaïlande

danger critique

Guggul ou oliban indien

Inde (Gujarat, Madhya Pradesh, Maharashtra, Rajasthan), Pakistan

danger critique

Nard de l’Himalaya

Nardostachys jatamansi ou N. grandiflora

Bhoutan, Chine, Inde (Uttarakhand, Sikkim, Himachal Pradesh, Arunachal Pradesh), Myanmar, Nepal

danger critique

Bois de rose

Brésil (Pará, Amazonas, Amapá), Colombie, Équateur, Guyane française, Guyane, Pérou, Surinam, Vénézuéla

en danger

Cèdre de l’Atlas

Algérie, Maroc

en danger

Cèdre blanc

India (Tamil Nadu, Maharashtra, Kerala, Karnataka)

en danger

Bois de oud (agar)

China (Hainan, Guangdong, Guangxi, Fujian); Hong Kong

vulnérable

Bois de santal

India (Andhra Pradesh, Karnataka, Kerala, Tamil Nadu); Indonesia (Maluku, Sumatera, Sulawesi); Sri Lanka; Timor-Leste

vulnérable

Myrrhe “opoponax”

Éthiopie, Somalie

vulnérable

échelle des statuts IUCN

Pour la plupart, aucun plan de renouvellement de l’espèce n’est mis en place : leur disparition est inéluctable à plus ou moins brève échéance. Ces espèces ne sont pas en danger uniquement parce qu’elles servent à produire des huiles essentielles, bien sûr. D’autres industries s’y intéressent de près et sont parfois à l’origine de la pression extrême qu’elles subissent. Mais ce qui est certain, c’est que leur disparition est le résultat de l’action de l’homme, pour son profit financier.

Toutes et tous concerné·es ? À vous de faire votre choix

Si vous pensez que vos enfants méritent de bénéficier longtemps des bienfaits des huiles essentielles, vous aurez peut-être à cœur de réfléchir à deux fois à l’utilisation de telle ou telle huile essentielle. Oui, ça demande un petit effort d’information, parce que les sites en ligne, en français en tout cas, qui vous vantent tous leurs mérites omettent, la plupart du temps, de vous rappeler ce “petit” problème à l’échelle planétaire. Vraiment dommage…

Bois de rose : en danger

Avant d’acheter une huile essentielle, vous pouvez peut-être vous renseigner sur la plante à partir de laquelle on la produit. Les premières mentions indispensables qui doivent apparaître sur l'étiquette ou la fiche d'information accompagnant le flacon sont le nom botanique de la plante dont l’HE est issue, et son pays d’origine. Impératif ! Et si l’espèce mentionnée est en danger, demandez-vous peut-être si, à propriétés similaires, il n’y a pas une autre huile essentielle qui pourrait vous aider, tout autant que celle qu’on vous a indiquée ici ou là, sans s’intéresser du tout à cet aspect précis de la pérennité de l’espèce. Une huile essentielle produite par culture raisonnée et qui sait, peut-être un peu plus près de chez vous : l’impact du transport des matières premières est un autre facteur qui pèse lourdement sur la planète et le réchauffement du climat.

Si vous souhaitez travailler avec le bois de santal, par exemple – et ça se comprend, c’est une huile essentielle extraordinaire ! –, c’est vrai qu’en production européenne, c’est le néant. Que ça ne vous empêche pas de vous poser d’autres bonnes questions : où votre fournisseur s’approvisionne-t-il ? L’Australie a mis en place des cultures qui permettent de maintenir l’espèce et de ne plus surexploiter, et détruire jusqu’à toute trace même de ces arbres magnifiques dans leur cadre sauvage. Votre fournisseur, qui profite financièrement de l’engouement de très nombreuses personnes dans le monde aujourd’hui pour les huiles essentielles, participe-t-il à des actions en faveur des espèces exploitées et surexploitées ? Réellement, pas seulement dans de beaux discours

Inutile de vous dire que personnellement, je boycotte d’ores et déjà les entreprises qui ont, de notoriété publique, déjà été prises la main dans le sac ! Et vous, comment voyez-vous les choses, de votre côté ?

Bois de santal : vulnérable

Références

Essential Oils Market Size, Share & Trends Analysis Reports (Cleaning & Home, Medical, Food & Beverages, Spra & Relaxation), By Product, By Sales Channel, And Segment Forecasts, 2019-2025, Grand View Research.
IUCN, International Union for Conservation of Nature and Natural Resources (fédération internationale pour la préservation de la nature et des ressources naturelles), Red list of Threatened Species (liste rouge des espèces menacées)
“Essential Oils Company Sentenced for Lacey Act and Endangered Species Act Violations […]”, The United States Department of Justice, 18 septembre 2017, pour le détail de la condamnation prononcée à l'encontre de Young Living Essential Oils, LC.



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  • Antoinette dit :

    Je découvre, je ne savais pas du tout ! C’est très décevant parce que c’est encore une histoire d’argent, l’avenir des humains sur la planète ne va vraiment pas avec ce besoin de tout le temps s’en mettre plein les poches :-/ Je pense à mes deux enfants et je serai beaucoup plus attentive, merci pour ces informations

  • Brieg N. dit :

    Décidément, je ne vais plus pouvoir me passer de vos articles ! J’étais justement ces jours-ci en train de réfléchir à ce problème précis et hop ! vous publiez sur le sujet ! Merci pour les références et les liens donnés, c’est exactement ce qu’il me fallait. Continuez, vraiment, je suis fan !

    • Corinne Essentielle Marguerite dit :

      Merci pour le vote de confiance, Brieg. À bientôt alors ! :))

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